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MYIASES : émergences de cas à Wohlfahrtia

L’affection provoquée par la présence et le développement de larves de mouches carnassières sur la peau ou dans divers organes est appelée myiase. Les ectomyiases correspondent aux développements de larves observés sur le corps des animaux. En France, où elles sont en recrudescence depuis de nombreuses années, on trouve principalement chez les ovins des ectomyiases due à Lucilia sericata dans les zones de plaines et Wohlfahrtia magnifica en altitude, au-dessus de 600 à 800 m. En contradiction avec cette répartition se développent depuis 3 ans dans le sud du département de la Vienne (86), à moins de 200 m d’altitude, des myiases à Wohlfahrtia.

LES MYIASES HABITUELLES DU CHEPTEL OVIN EN POITOU-CHARENTES ET LIMOUSIN

Depuis un peu moins de 20 ans qu’elles ont fait leur apparition au sein des cheptels ovins de la région, les myiases ont toujours été causées par Lucilia sericata, mouche de la sous-famille des Calliphorinés (Tableau 1, page précédente). Ces myiases apparaissent d’avril à novembre, plus particulièrement lorsque les conditions climatiques sont chaudes et humides.

Clinique

Elles se caractérisent par des lésions cutanées situées principalement sur le dos, l’abdomen, les gigots ou l’espace interdigité. Les zones de blessure ou tout simplement souillées ou humides sont plus particulièrement favorables aux développements des larves de Lucilia qui «minent» la peau, le tissu sous-cutané et les muscles au cours de leur développement. 

Le cycle de développement étant très rapide, les moutons présentent un prurit quelques heures après la ponte des œufs sur la toison. Les lésions observées sont des tâches noirâtres sur la toison, avec effet «Iceberg» : si la plaie extérieure parait peu étendue, les dégâts en dessous sont la plupart du temps plus importants et les lésions profondes. 

Une multitude de larves (asticots) sont visibles à l’œil nu au niveau des plaies. 

Les larves présentent dans les plaies ainsi que les tissus en voie de décomposition libèrent des toxines qui sont véhiculées par le sang dans tout l’organisme : cette intoxination est à l’origine de troubles sévères de l’état général de l’animal. Les animaux présentent de l’apathie, de l’anorexie et un amaigrissement rapide. Selon la localisation des lésions, d’autres signes peuvent apparaître, comme une boiterie en cas d’atteinte podale, et les plaies occasionnées peuvent se surinfecter. En l’absence de traitement la mort survient en seulement quelques jours, consécutive à la perte de tissus, au choc toxinique ou aux surinfections.

Traitement

Le traitement fait appel à une tonte large autour de la plaie, l’application d’insecticide (organosphosphoré ou pyrethroïde) pour détruire les asticots, la désinfection locale de la plaie et sa protection, ainsi qu’une antibiothérapie par voie générale. 

Un aliment complémentaire diététique à propriété hépatoprotectrice peut également être conseillé pour soutenir la fonction hépatique et favoriser l’élimination des toxines produites. L’utilisation des mêmes insecticides à titre préventif se heurte à la limite de leur rémanence (3 à 4 semaines). L’utilisation du dicyclanyl en spot-on améliore sensiblement cette rémanence.

 

APPARITION DE MYIASES ATYPIQUES POUR LA RÉGION

 En fin d’été 2012, plusieurs éleveurs de moutons du sud de la Vienne, situés dans une zone d’une dizaine de kilomètres de rayon, nous signalent l’apparition de myiases différentes de celles observées généralement dans notre région et dues à Lucilia sericata. 

 

Signes cliniques différents

Les différences portent sur :

- La taille des asticots : ils sont décrits comme plus gros, d’une longueur dépassant 1 cm et d’environ 2 mm de diamètre, et recouverts d’un petit duvet,

- Leur localisation sur le corps des

ovins : principalement au niveau de la vulve (photo 1) et de l’espace interdigité entre les onglons (photo 2), mais aussi quelques cas décrits au niveau des plaies de bouclage ou des blessures à la tête suite à des bagarres entre béliers,

- Leur implantation : les asticots sont «piqués» dans les chairs des moutons, fixés perpendiculairement aux tissus, serrés les uns contre les autres,

- Les lésions occasionnées : fixés profondément dans les chairs, les asticots sont responsables de lésions en «canaux» creusées profondément,

- Les symptômes observés : en plus de la présence des asticots, on constate :

- Myiases podales : boiterie sévère due à un pied déformé avec inflammation et surinfection fréquente,

- Myiases vulvaires et du fourreau : prurit intense.

 

- La difficulté à extraire les asticots : les traitements insecticides efficaces sur les larves de Lucillia ne permettent pas de faire tomber les asticots aux dilutions prévues par les Autorisations de Mise sur le Marché (AMM). Certains éleveurs décrivent que seuls les organophosphorés utilisés purs, sans dilution, semblent apporter un résultat. 

Pour un grand nombre d’éleveurs, la seule solution efficace est l’extraction manuelle, asticot par asticot, à l’aide d’une pince ou d’un couteau.

Ces éleveurs décrivent en sus que certains animaux protégés contre les myiases du corps par une application de dicyclanil présentent malgré tout ces nouvelles myiases durant la période habituelle de rémanence du médicament.

 

Données épidémiologiques

Les observations menées par les vétérinaires du Pôle Santé Animale de l’Alliance Pastorale dans les élevages touchés confirment la plupart des observations faites par les éleveurs. 

Une enquête épidémiologique montre que :

- La morbidité (pourcentage d’animaux malades) est de 3 à 15 % selon les élevages,

- La mortalité est faible, l’impact sur l’élevage étant plutôt lié au temps de travail pour le traitement, aux baisses de production et aux troubles de la reproduction engendrés, et au nombre de brebis qui nécessitent une réforme,

- La zone géographique touchée regroupe des élevages autour des communes de Mauprévoir, Pressac et Availles-Limousine, situées au sud du département de la Vienne, à la limite nord du département de la Charente,

- La période d’apparition se situe de juillet à septembre, soit sur une période plus resserrée que celle d’apparition des myiases habituelles à Lucilia.

La morphologie des asticots, leur localisation sur les animaux, ainsi que leur position «piquée» nous rappellent les éléments de description des myiases à Wohlfahrtia, mais notre situation géographique et l’altitude de cette région nous font d’abord écarter cette hypothèse.

Interrogés, les spécialistes des ectoparasites nous confirment d’ailleurs qu’aucun cas de myiase à Wohlfahrtia n’a été décrit en France à une altitude aussi basse. Seuls les troupeaux ovins des massifs montagneux des Pyrénées et des Alpes présentent cette pathologie. Si de tels cas ont aussi été décrits en Corse près de la mer, ils semblent devoir être expliqués par la proximité de la montagne insulaire. Par contre, ailleurs dans le monde et particulièrement en Espagne, en Grèce, en Crète et au Maroc, des cas de myiases à Wohlfahrtia ont déjà été signalés à faibles altitudes.

Forts de ces informations, nous avons procédé au cours de la deuxième année d’apparition de ces «nouvelles» myiases à des prélèvements d’asticots à des fins d’identification de la mouche responsable.

 

IDENTIFICATIONDE WOHLFAHRTIA MAGNIFICA

La diagnose des larves de myiases repose sur deux techniques. 

La première est une différenciation anatomique qui porte sur les larves, et plus particulièrement leur plaque stigmatique (orifice de respiration des larves) située en partie postérieure. L’étude de ces plaques se fait à la loupe binoculaire ou en coupant l’extrémité postérieure de larve et en mettant entre lame et lamelle au microscope (grossissement x10). 

 

La diagnose porte sur la forme :

- du péritrème qui constitue le bord de la plaque : fermé chez la larve de Lucilia (Photo 3), ouvert chez celle de Wohlfahrtia (Photo 4),

- du bouton : en position central et intégré au péritrème chez Lucilia (les boutons des deux plaques se font face), en position haute ou basse chez Wohlfahrtia,

- des fentes stigmatiques : en éventail chez Lucilia et parallèles chez Wohlfahrtia.

La seconde possibilité de diagnose porte sur les mouches elles-mêmes. Des larves prélevées au stade L3 sont mis dans un pot fermé avec une compresse, sur un support constitué d’un mélange à moitié de terre et de sciure, pour que les larves puissent s’y enfoncer. Le pot est conservé à l’obscurité pendant une à deux semaines puis on réalise la diagnose sur les mouches écloses (Tableau 1).

Mise en place sur des larves prélevées dans les élevages touchés, la diagnose sur les plaques stigmatiques a permis au laboratoire du Pôle Santé Animale de l’Alliance Pastorale et à l’unité de parasitologie de l’Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort d’identifier en parallèle Wohlfahrtia magnifica (Photo 4). La présence de cette mouche à une altitude aussi basse représente une nouveauté épidémiologique en France. Elle pose la question de l’origine de cette présence dans notre région et de la raison de son développement et de l’évolution de la maladie. En effet, chaque année, la zone de contamination des cheptels ovins se développe de façon centrifuge autour de la zone d’origine, touchant aujourd’hui une zone de plus de 15 km de rayon. Certains éleveurs touchés dès la première année continuent à observer des cas dans leur élevage, avec un pourcentage de morbidité allant croissant.

Après trois ans de cette évolution, certains éleveurs particulièrement touchés se posent la question de la poursuite de la production ovine. Les difficultés à traiter et à prévenir ces myiases pèsent particulièrement lourd dans ces réflexions.

 

TRAITEMENT ET PREVENTION

En terme de traitement, le recours à une prescription hors AMM (indication et posologie) d’un médicament à base d’organophosporé utilisé pur nous a donné les résultats les plus réguliers. Si ce traitement tue les asticots, il ne permet pas systématiquement leur chute qui nécessite le plus souvent une extraction manuelle et individuelle à la pince.

Plus récemment, deux essais menés avec une récente et nouvelle présentation de la deltaméthrine en pulvérisation directe a également permis de tuer les larves et de les extraire plus facilement à la pince. Cette dernière utilisation à l’avantage de pouvoir se faire en parfait respect de l’AMM du médicament.

En association avec le traitement insecticide, un  traitement symptomatique visant au nettoyage, à l’asepsie et à la cicatrisation des plaies est préconisé, par application d’un aérosol en bombe ou d’une pommade locale.

La prévention est tout aussi problématique que le traitement en raison :

- du manque de rémanence des médicaments à base d’organophosphoré ou de pyréthroïde utilisable en pulvérisation ou en bain (environ 2 à 3 semaines) ; il est donc nécessaire d’appliquer régulièrement le produit pendant la période à risque, ce qui reste toujours délicat en terme de main d’œuvre et de temps passé au regard de la taille de certains troupeaux. En cas d’utilisation d’une pulvérisation, il est conseillé d’insister sur la zone de l’arrière-train. L’utilisation de bain semble apporter de meilleurs résultats sur ce plan.

- du déficit de protection des zones délainées, sièges de l’infestation par les larves de Wohlfahrtia, avec le dicyclanil ; nous conseillons, dans le cadre de l’utilisation de ce médicament pour la prévention des myiases à Lucillia également présentes dans notre région, de bien respecter les préconisations d’utilisation, et tout particulièrement l’application de la moitié de la dose en arc de cercle autour de l’arrière train et de la queue.

Pour la prévention des atteintes podales, l’utilisation en pédiluve d’un organophosphoré à la dilution préconisée pour les bains donne de bons résultats, avec toujours la même limite concernant la rémanence.

 

Laurent Saboureau (Responsable du Pôle Santé Animale de l'Alliance)

Article édité dans le mensuel "Bulletin de l'Alliance" de Juillet-Août 2016

Alliance-Elevage.com

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