- Par Idele
Anomalies sensorielles chez les bovins
La littérature scientifique actuelle révèle un manque significatif d’informations sur les anomalies sensorielles des bovins, ainsi que sur les méthodes de détection de ces anomalies sur le terrain. Cette lacune est préoccupante car les problèmes sensoriels non détectés entraînent des répercussions sur la relation homme-animal.
Des enquêtes ont été menées auprès de professionnels de l’élevage bovin pour identifier les signes qui leur permettent de suspecter des anomalies sensorielles sur leurs animaux ainsi que les conditions dans lesquelles ces signes sont détectés.
Ils ont été 56 à participer à cette études. 75 % des répondants estiment qu’il est crucial de s’intéresser aux anomalies sensorielles, notamment en ce qui concerne la vision. Les anomalies concernant l’audition, l’odorat, le goût et le toucher sont quant à elles quasi imperceptibles par les répondants.
Signes comportementaux et posturaux
Les signes comportementaux et posturaux sont les premiers indicateurs de potentiels défauts de vision des bovins.
- Des difficultés de déplacement (n=40) ;
- Une réactivité plus ou moins importante aux stimuli (n=38) ;
- Des postures différentes (n=26) ;
- L’utilisation augmentée des autres sens (n=12) ;
- Une hiérarchie dans le troupeau (n=7).

Tous les répondants (56) ont indiqué avoir déjà suspecté un problème de vision chez les bovins.
Les animaux sont décrits comme se cognant contre les murs, les barrières et les autres animaux, et semblent désorientés. Ils peuvent avoir du mal à trouver l’abreuvoir ou à se déplacer efficacement, surtout en cas d’isolement ou de changement d’environnement. Certains animaux suivent constamment le troupeau ou gardent un contact avec les surfaces pour se guider.
Les professionnels déclarent que certains animaux montrent, soit une réactivité augmentée (n=31), se manifestant par des réactions plus vives, une tendance à être facilement surpris, soit une réactivité diminuée
(n=7) où certains bovins ne réagissent pas au passage d’un humain.
Des animaux portant la tête de travers (n=10), tenant leur tête plus haut (n=4), ne regardant pas en face d’eux ou montrant un décalage entre la provenance de la voix et l’orientation de la tête ou du regard (n=9) ont été déclarés par les répondants.
Les professionnels ont aussi rapporté le cas d’animaux se montrant plus attentifs auditivement, bougeant fréquemment leurs oreilles pour capter les sons (n=10) et utilisant davantage leur odorat pour suivre le troupeau (n=5).
Les répondants remarquent plus facilement ces animaux parmi les dominés, souvent à l’écart du troupeau.


D’autres signes physiques ont été mentionnés :
- 37 : Voile blanc sur l’œil
- 11 : Yeux qui louchent
- 9 : Yeux exorbités
- 7 : Une blessure à la suite d’un accident
- 6 : Yeux globuleux
- 5 : strabisme
Des yeux noirs, rouges, ainsi que des paupières tombantes ont chacun été mentionnés deux fois. D’autres signes, cités une seule fois, incluent une dilatation asymétrique de la pupille, des yeux enfoncés, une atrophie oculaire, une position très latérale des yeux et des asymétries oculaires.
Un critère de réforme
Pour 44 enquêtés, un défaut de vision est considéré comme un critère de réforme, tandis que pour 3 d’entre eux, ce n’est pas le cas. Pour 9 répondants, la décision dépend de la possibilité de soigner, si les deux yeux sont touchés, ou du comportement de l’animal.
Des défauts de vision suspectés principalement lors de la manipulation des bovins en environnement clos
A la question “Dans quel environnement avez-vous suspecté un défaut de vision ?“ 29 des répondants l’ont constaté en bâtiment, 8 à l’extérieur et 22 dans les deux lieux.
Pour 40 d’entre-eux le constat a été fait lors d’un déplacement d’une parcelle à l’autre, du chargement ou déchargement dans une bétaillère ou encore lors du passage dans un couloir de contention. Pour les autres c’était en approchant l’animal ou simplement en l’observant.
Des anomalies d’audition, d’odorat, de goût ou de toucher quasi imperceptibles pour les répondants
- Un cas d’hypersensibilité au toucher a été rapporté pour une vache laitière, rendant l’animal agité et dangereux lors de l’épilation thermique des mamelles.
- Un autre répondant a suspecté une altération du goût chez un veau atteint d’une infection fongique, avec une langue blanche et une salivation excessive.
- Seulement six répondants ont indiqué avoir suspecté un défaut d’audition. Plusieurs signes comportementaux ont été observés, comme des réactions anormales aux stimuli sonores (n=2), une mobilité inhabituelle des oreilles (n=4), ou des comportements tels qu’un animal inclinant systématiquement la tète lors d’une stimulation sonore. Un seul a mentionné des oreilles pendantes, diagnostiquées comme une otite par un vétérinaire.
- Quelques comportements inhabituels suggérant un défaut d’odorat ont été décrits en bovins, avec des réactions anomales aux odeurs et un intérêt étrange pour la bouse, sans la consommer.
Bon à savoir sur la vue des bovins
- La vache voit moins bien que l’homme mais sa vue est compensée par un champ visuel plus large (plus de 300 degrés).
- Le bovin ne distingue pas toutes les couleurs, mais il est gêné par les contrastes lumineux et tout ce qui brille. Naturellement le bovin se rapproche des zones plus lumineuses.
- Le temps d’adaptation de l’oeil des bovins au changement d’éclairement est 7 fois plus long que pour l’homme. Ainsi les alternances de zones d’ombre et de lumière sur le sol, des flaques d’eau ou des points trop lumineux l’empêchent d’avancer.
- Le bovin ne perçoit pas les mouvements de façon continue.
Le bon comportement :
- Approcher l’animal par l’avant dans son champ visuel et éviter les mouvements brusques (ne pas sauter une barrière).
- Préférer des couleurs neutres pour les vêtements ou le matériel environnant.
- Travailler dans un espace éclairé de façon homogène.
- Se positionner par rapport au point d’équilibre permet de faire avancer ou reculer le bovin.
D’après un document édité par l’Institut de l’élevage en nov. 2024 et réalisé par M. Brégeras, A. Delpeuch, V. Dufour et A. Cheype